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Panier


Lucas Humeau

Servir un propos cohérent, construire un récit, une continuité, raconter une histoire, saisir un moment, un mouvement, ce qui est définitivement fixé, ancré au sol, dans l'espace et en nous, sont autant d'idées complexes à mettre en forme. Et la mise au monde d'un désir d'essentiel, de ce dont on cherche à retenir, voilà ce qui anime Lucas Humeau.

Ce qui anime Lucas est son désir d’essentiel. Voilà ce qu’il cherche à retenir.

 Clarifier la structure, nos structures, épurer le trait, l'allonger, lui convoquer un sens plus abstrait et moins circonscrit sont autant de désirs qu’il manifeste. Ce raconteur d'histoire, cet assoiffé d'espace, de ruralité et d'urbanité, d'entre-deux et d'infinis, s'exprime aujourd'hui à travers et par la photographie. Ce n'est d'ailleurs ni un photographe d'architecture, encore moins de paysage. Il est un bâtisseur d'espace, un architecte de la photographie. Il recoupe et cherche à définir les « bons » contours, les « bonnes » fins, les « parfaits » infinis et amène le spectateur à se questionner sur ce qui clarifie nos environnements.

 

 

La lecture architecturée de l'espace et cette obsession pour saisir la justesse des organisations naturelles et artificielles qui nous entourent sont autant d'éléments présents dans son objet photographique. Chercher la pureté et la singularité, cela ne se décrète pas, cela se cultive. Au même titre que révéler la futilité d'une construction humaine pour mieux en saisir ses enjeux quotidiens, ou non, se construit par le regard.

 

Nous lui accorderons volontiers qu'une certaine approche conceptuelle est présente dans son travail. Cette invention de la forme, mais également sa maitrise, nourrie certaines références aux travaux de Bern et Hilla Becher dans leurs désirs de rendre poétique et artistique des constructions définies par leurs seuls fonctions techniques (je pense aux silos). Cette habile manière de capturer ces productions saisies d'une parfaite fonctionnalité, et ne répondant à aucuns souhaits esthétiques, sont pourtant pourvues d'une étrange beauté. Et c'est ainsi qu'il ne retient que l'essentiel, en acceptant l'idée que s'attarder sur ce qui peut être futile à nos yeux - un parasol, une échelle de mer- peut doter la photographie d'une pertinence narrative. C'est donc une image dans l'image. Une forme dans la forme. Car c'est en qualité d'architecte qu'il façonne ses photographies. Les couleurs et les textures nous évoquent celles de Luigi Ghirri dans sa série Kodachrome (années 1970) pour son traitement des lignes, des ciels, des objets (dé)posés. Par son esprit d'architecte se déposent alors des angles droits, des points de fuite, des épaisseurs, des courbes et des lignes. En ces termes se bâtissent des proportions, des contrastes et des colories, dont eux-seuls sont capables de mettre en combat la fixité du bâti et les mouvements du ciel ; ce combat entre ce qui reste et ce qui repart ; cette lutte entre un instant et une éternité.

 

L'omniprésence de la forme bâtie est contrebalancée par la très récurrente absence de l'homme. Subtilement manifestée par ses artefacts et ses futilités, l'ombre de l'humain plane et se reflète dans ses parasols, dans ses appartements, et autres éléments architecturaux. Mais ce qui saisie notre regard est cette importance accordée aux ciels. Présence quasi picturale, quasi impressionniste - tant la matière, les reflets et les couleurs occupent une importance décisive – où les nuages, les bleus, les gris et les roses se placent comme des acteurs centraux de ses scènes. Car tel un metteur en scène, Lucas façonne ses photographies, les dicte et les assemble. Son rapport fin aux paysages qui lui sont familiers, ou non, lui permettent d'accoucher d'une idée de l'indispensable, du nécessaire, voire du précieux. Ce n'est alors pas une photographie d'architecture mais bien une architecture de la photographie.